Trois bateaux de la SRD sont vaillamment partis participer à la course « COWES-DEAUVILLE », FLEO de Christophe avec Celyne et Jean-Baptiste comme équipage, HARRICANA de Thierry avec Guy et DAVID et ALIOS de Bernard avec Francis et Frédéric à bord.
La course prenant son départ à COWES et visant Deauville, il fallait bien convoyer par la mer les unités au départ. Convoyage par la mer obligé puisque le trésorier de la SRD avait opposé un refus catégorique au coûteux transport par cargo des bateaux initialement suggéré par le propriétaire d’ALIOS.
Au vu des conditions météo annoncées pour ce convoyage deux options ont séparé la flottille. Partir le mercredi tôt dans la nuit (avant la fermeture des portes de 3h30), subir une mer formée et des vents un peu forts, mais bénéficier d’une journée complète de repos ou partir le mercredi vers midi, bénéficier de vents plus cléments et d’une mer un peu assagie, avoir une arrivée nocturne dans la nuit du mercredi au jeudi et une nuit de repos raccourcie. Déjà là, on a vu les différences de stratégies apparaitre.
ALIOS est parti le mercredi tôt dans la nuit, avec au programme une mer croisée avec des creux de plus de deux mètres et des vents établis à plus de 25 nds avec des rafales à 30 nds, comme prévu. L’entrée et la remontée du Solent ont été particulièrement agitées avec les effets convulsifs des courants, du vent et des interactions des deux avec les cotes. L’équipage a pu constater le confort et la sécurité apportés par une combinaison subtile d’équilibre des voiles : deux ris dans la GV et trinquette. Au delà il reste le recours au tourmentin et l’affalage de la GV. Certains estomacs du bord ont été si violemment sollicités que les petits plats préparés par l’équipe logistique n’ont pas été utilisés sur le parcours. Après 16h de route, amarrage dans la marina, repas chaud et sommeil réparateur.
FLEO et HARRICANA tenants obligés de l’autre option puisque certains de leurs équipiers étaient pris par des obligations le mercredi matin ont rencontré les restes encore bien remuants de la mer et du vent de la veille avec de belles toniques rafales à 30 nds. Ils sont arrivés dans la nuit et ont eu la courtoisie d’être discrets à l’arrivée pour ne pas réveiller leurs petits camarades d’ALIOS qui dormaient profondément, heureux d’avoir testé le matériel dans les rudes conditions du trajet.
La journée du jeudi s’est écoulée au rythme des déambulations dans les rues, de la visite obligatoire aux canons du Royal Yacht Squadron et de l’attente des prévisions météo pour le lendemain.
Confrontation des modèles de prévision, modèles anglais ou français lesquels sont les plus pertinents lorsqu’ils divergent ? Est-ce là un autre effet du Brexit ? Le seul point de convergence des deux sources, le vent lorsqu’il y en aura sera faible bien en face ! Des « molles » il y en aura mais les uns les voient plutôt à l’ouest et les autres à l’est, que faire ? Les courants pendant 6 H dans un sens et dans l’autre les 6h suivantes. Au final le dilemme est le suivant : option ouest et prendre le risque des molles à l’ouest, option est avec le risque des molles à l’est. Bien malin qui serait sûr de lui dans cette situation là! Sagement les stratèges ont remis leur prise décision au lendemain en attendant les dernieres prévisions avant le départ.
Prendre le départ d’une course dans le Solent est une expérience que tout navigateur passionné devrait faire. Ici le nombre minimal de bateaux sur la ligne est autour de quarante avec plus de voiles grises et noires que blanches, une majorité écrasante d’unités taillées pour la vitesse et l’inconfort, une ligne exactement perpendiculaire au vent pour ne pas favoriser un bord de départ. Inutile de dire qu’ALIOS avec ses 8,9 m de longueur se semblait bien petit!
Première partie de course, le Solent : départ au près suivi d’un enchaînement de virements de bord jusqu’à la sortie en Manche et les premières molles. Décision à prendre, option est ou ouest ? Les stratèges ont eu le temps d’y réfléchir car une belle zone de calme à la sortie du Solent leur en a fourni. FLEO qui était dans le groupe de tête est parti à l’est, HARRICANA s’est fait prendre par les courants qui l’ont un peu trop embarqué à l’ouest et est resté englué dans un vent erratique jusqu’à 2h du matin de la nuit du vendredi au samedi, envisageant parfois une route qui l’envoyait sur Guernesey. ALIOS a eu la chance de bénéficier d’une risée qui lui a permis de partir vers l’Est. Et avec un art du compromis consommé a choisi ensuite l’option de route ni Ouest ni Est en visant la route directe avec comme stratégie « aller le plus vite sur la route la plus courte ».
Trois bateaux, trois routes différentes. FLEO est arrivé au matin en baie de Seine après avoir subtilement utilisé les courants côtiers du Cap de la Hève pour dépasser bon nombre de concurrents. Grâce à cette option il a longtemps espéré faire une bonne place, malheureusement pour lui une molle traitre l’a « scotché » devant la ligne, les courants le faisant même reculer et effectuer quelques tours sur lui-même. Mais allez faire manoeuvrer un bateau sans vitesse sur l’eau! Son supplice s’est achevé quand un souffle d’air lui a permis de reprendre sa route et de passer ligne d’arrivée.
HARRICANA, quant à lui confronté à quelques problèmes d’électronique a pu reprendre sa route, sortir son spi pour se déhaler et a franchi la ligne juste à temps pour être à Dives avant la fermeture des portes.
Le vent adonnant légèrement, ALIOS a pu sortir son arme secrète dans la nuit, le Code0 qui lui permis de rester longtemps juste en arrière du groupe de tête. Il est arrivé au petit matin devant le Havre, le vent s’est amusé à baisser suffisamment pour le scotcher dans les cargos au mouillage. Après deux heures de quasi sur place, à 9 nautiques de la ligne, il abandonna la mort dans l’âme. Il appris plus tard qu’une petite heure après le vent était malicieusement remonté et qu’il aurait pu franchir cette satanée ligne d’arrivée !
Au final, il reste un peu de frustration pour les équipages, mais comme dans toute course il n’y a que le vainqueur qui n’est pas frustré. Mais il reste surtout plein de souvenirs de mer, d’expériences acquises et ces moments d’échange que la navigation à voile lorsqu’elle est partagée nous procure. En somme les valeurs de la SRD, Naviguer, Progresser, Partager.
Ils ont tous envie d’y retourner, ne leur en parlez pas trop ils risquent de vous convaincre de participer à la prochaine édition!
Retrouvez les photos de cette aventure ci-dessous, c’est en vrac, pas classé, il y a des doublons mais ça vient des trois équipages. En prime deux vidéos de Francis prises à bord d’ALIOS pour vous donner envie.
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