Les entraînements d’hiver commencent à porter leurs fruits.
Deux voiliers de la SRD , Harricana et Fléo ont participé
à la régate « La Cervantès 2026 ».
Information pour le lecteur : tous les termes en italique sont référencés dans le dictionnaire à l’usage des amoureux de la SRD, de l’estuaire de la Dives et des voiliers. Pour avoir une meilleure compréhension du récit et saisir toute la subtilité de ses définitions il est fortement conseillé de s’y référer. Si vous ne l’avez pas encore en votre possession il est encore possible de l’acquérir. C’est pour une bonne cause, alors n’ hésitez pas, il a toute sa place dans la bibliothèque de bord.
Départ de Dives sur mer direction Cowes parcours de 110 Nm
Jeudi 30 avril : 10h30, on largue les amarres sur Harricana et quittons le ponton N au moteur et prenons la direction du chenal de sortie.
11 h à la DI, le grand départ direction Cowes, vent de travers, 16 nd de vent apparent et des rafales à 25 nd. Une route directe, une vitesse de fond de plus de 8 nd établie, toute la « toile » envoyée sur une partie du parcours, des prises de ris régulières, un voilier JPK du Havre avec ses voiles noires à nos cotés pendant de nombreux milles. Fruit du hasard, on retrouvera ce dernier amarré sur le même ponton que nous. Une traversée du rail montant sans problème, un changement de cap au dernier moment dans le rail descendant car nous ne faisions pas le poids face aux porte containers… Une entrée dans le « Solent est » vers 23h pour Harricana dans une nuit bien noire compensée par les multiples feux fixes ou clignotants. Une arrivée à Cowes à 2h du matin dans la marina après avoir joué avec les nombreux courants de marée, cargos et ferries. Fléo, parti peu de temps après nous, finit par nous rejoindre quelques minutes plus tard. Nos deux voiliers sont voisins de ponton et portent dignement la flamme de la SRD dans leur mature. Nous voilà à quai … Nous sommes à Cowes !
Escale à Cowes
Vendredi 1 mai : un repos bien mérité avec une petite promenade dans les ruelles de Cowes qui nous met dans l’ambiance typiquement anglaise. De très belles unités de course de dimensions impressionnantes allant jusqu’à 4 étages de barres de flèches sont amarrées sur les pontons. Nul doute, les « voiles noires » sont arrivées…
Départ de Cowes direction Le Havre parcours de 110 Nm
Samedi 2 mai : 9h, Thierry, Mathilde, Guy sur Harricana et Christophe, Céline et JB sur Fléo, harnachés comme il se doit, avec veste de quart, salopette, bottes, gilet, longe, casquettes s’apprêtent à larguer les amarres pour découvrir le plan d’eau face à l’Amirauté, ses courants et ses 53 voiliers inscrits à la régate. A 12 h précise, coup de canon, eh oui, le RORC – Royal Océan Racing Club – conserve ses traditions bien « British ». Cowes n’est–elle pas la Mecque de la voile ?
Les voiliers en IRC3 et IRC4 franchissent la ligne de départ sous spi asymétrique pour certain et symétrique pour d’autres. Une belle surprise car la ligne de départ face à la capitainerie est fixe, quelque soit la direction du vent. C’est aux skippers et barreurs de s’adapter aux conditions du jour. Quelques minutes plus tard c’est au tour des voiliers en IRC1 et IRC2 de franchir la ligne de départ au son du canon. Le plan d’eau d’un abord calme est éclairé par le soleil et « décoré »par toutes ces nombreuses voiles principalement noires, parfois blanches et ces spis multicolores, roses, rouges, verts, violets, bleus parfois bariolés de orange comme Harricana ou tout simplement blanc portant un emblème comme Fléo. Une descente vers les Needles avec le courant de marée descendant, un léger souffle, plusieurs empannages et tout à coup une chute brutale de vent et au loin un ciel qui s’assombrit. Le calme avant la tempête…Le puissant courant déporte les voiliers à son bon vouloir. Le combat entre le barreur et le courant est inégal, ce dernier imposant sa loi. A quelques centaines de mètres de là, on distingue les trois aiguilles rocheuses de craie blanche qui émergent à la pointe de l’île de Wight dominée par son phare. Au loin un violent grain bien visible reconnaissable par sa couleur et ses trombes d’eau se prépare à nous tomber dessus. A ce moment là nous repensons tous à la conférence météo présentée par Frédéric quelques jours plutôt. Pas la peine de réviser, on a compris ce qui nous attendait… Rangement des spis, prise de ris, capuches, longes, tout est coordonné, nous sommes prêts…En quelques minutes nous passons d’un soleil radieux à une pluie intense où la visibilité est limitée à quelques centaines de mètres…On ne reconnaît plus les bateaux qui gîtent fortement …
La pluie nous accompagnera une partie de l’après-midi avec un vent instable de 5 à 18 nd avec une récompense venue du ciel : un magnifique arc en ciel qui apparaît au loin. L’observation des penons et faveurs, le réglage régulier des voiles, la recherche permanente de vitesse nous occupent à chaque instant.
En fin d’après-midi la pluie cesse, le vent faiblit, le rail descendant qu’il faut traverser avec tous ces cargos est en approche… Un œil sur l’AIS, un cap à maintenir, une veille de tout instant, un vent de plus en plus faible qui nous amène à rentrer dans la nuit à la vitesse de 3 nd sur le fond.
Vers 3 heures du matin, les conditions météo de la nuit n’ont pas variées, la mer est plate, le vent est très faible, la lune a fait son apparition, un ciel étoilé apparaît sporadiquement. Nous sommes à ce moment entre le rail montant et le rail descendant. Devant ces conditions,Thierry notre skipper, nous propose d’envoyer le spi asymétrique et de naviguer à 90° du vent. Une décision qui ne se prend pas à la légère la nuit ! Un rappel des règles de sécurité, feu de pont, lampe frontale et surtout longe accrochée à la ligne de vie, et nous hissons le spi. Une première pour tout l’équipage, quel bonheur de naviguer dans ce calme, de voir ce spi gonflé et nous permettre d’accélérer et de gagner 1,5 nd. Au fil des heures nous dépassons quelques bateaux, coupons le rail montant et finissons au petit matin dans la « pétole ». Quasiment aucun vent, le brouillard est maintenant tombé. Les cornes de brume des cargos et des ferries brisent régulièrement le silence. D’où vient le son ? Difficile à définir ! Mathilde en profite pour nous montrer ses aptitudes musicales en s’essayant à la corne de brume tout en espérant être entendu mais n’insiste pas trop de peur d’effrayer ces monstres des mers…
A partir de ce moment suivent les manœuvres répétées d’affalage de spi lorsqu’un cargo est sur une route de collision, de libération du génois, à nouveau lancement du spi…Mais rien n’y fait ; le vent est tombé. Nous sommes maintenant les otages des courants et de la renverse…La mer est un véritable miroir, pas une ride, un calme sur la surface de l’eau sur 360°.
En fin de matinée nous sommes en contact VHF avec Fléo. Il est à 2 Nm derrière nous. Il a rencontré un brouillard à couper au couteau dans la nuit après le rail. Christophe en bas à l’AIS, JB à la barre et Céline devant à écouter les bruits des moteurs car il y a beaucoup de bateaux de pêches affichés sur l’écran. Très impressionnant ! En fin de matinée Christophe et son équipage décident de regagner Dives au moteur et de mettre fin à la régate. Les contraintes professionnelles du lundi pesant lourdement dans la décision.
Sur Harricana nous décidons de tenter encore notre chance, et de poursuivre l’aventure mais rien n’y fait. Eole est contre nous… Sur la VHF nous apprenons les multiples abandons.
Après quelques heures à dériver, nous sommes à 23 Nm du Havre et de l’arrivée. Notre vitesse sur le fond est de 1 nd. La pluie est de retour, la mer toujours aussi plate sans aucune risée visible. Nous apercevons par trois fois un dauphin solitaire qui trace sa route sans se soucier de nous qui sommes scotchés sur place. Il apparaît, disparaît, imperturbable, il poursuit sa route…
A 15h, les prévisions météo restent inchangées. Le vent n’est pas pour aujourd’hui, même les orages ne seront pas dans notre secteur. Notre ami l’Amiral Francis Beaufort n’hésiterait pas seul un instant : Force 0 sur l’échelle Beaufort.
Il faut se rendre à l’évidence nous ne pourrons pas être au Havre ce soir.
Nous décidons donc, comme la plupart des concurrents, de quitter la régate. Nous changeons de cap et faisons route au moteur vers port Guillaume ou nous arrivons vers 23h. Une agréable surprise nous attend à la porte du bassin : notre ami David est là pour nous accueillir et nous encourager.
Fléo est déjà arrivé et amarré à son ponton P.
Bilan de la régate
Sur les 53 voiliers au départ, seuls 20 ont réussi à franchir la ligne d’arrivée au Havre le dimanche.
Une belle aventure cette « Cervantès » et malgré la fatigue d’une nuit blanche et de nombreuses heures de patience à espérer du vent, c’est unanimement que nous sommes prêts à reprendre la mer et à participer à d’autres régates.
Merci Christophe pour l’organisation de ces entraînements d’hiver qui nous ont motivé et permis de participer à cette régate du RORC.
Qui sait combien de bateaux de la SRD prendront le départ de la prochaine régate de 100 milles prévue le 22 mai 2026 : Cowes Deauville ?
Guy CARREY
Envoyé spécial SRD sur la Cervantes 2026
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