Le plus beau moment après course est celui du podium, on y voit certains revenir, à l’annonce du classement, au même état extatique que l’enfant qu’ils étaient au moment de Noel. Il y a des déçus, des heureux et quelquefois des incompréhensions. Le rating des bateaux permet d’envisager toutes les hypothèses des plus favorables au plus défavorables. Les tacticiens repassent rapidement le fil de la course et y découvrent leurs erreurs, comparent leurs analyses à celles des autres, en tirent de savantes conclusions et redécouvrent les caractéristiques de leur bateau qui marche bien au portant, mais moins bien au prés, (ou l’inverse) mais quand mieux qu’untel, ou vraiment moins bien que tel autre. Comme l’éventail des possibilités est large, ils n’ont pas de mal à trouver l’origine de leur contre-performance. Ils peuvent aussi revenir sur leur trace grâce à la cartographie établie avec les balises et se faire du bien ou beaucoup de mal, suivant leur rang dans le classement. Du masochisme à l’autosatisfaction, la palette est large, la complexité humaine y trouve son bonheur. Dans tous les cas, s’ils sont malins, ils en ressortiront plus conscients des possibilité de leur bateau…et de leurs progrès à faire.
L’incompréhension du classement peut même amener à remettre en question les savants calculs du temps compensé à partir du temps réel, ça arrive quelquefois. Un mauvais paramètrage du logiciel et tout est remis en question comme un mauvais montage du gréement courant des bras de spi compromet son envoi.
Cette année le Père Noel de la SRD a été généreux, des balises PLB de dernier cri, des gilets gonflables, des sacs et projecteurs de pont ont récompensés ceux qui sont montés sur les trois marche du podium. Ceux qui n’ont pas eu la chance de monter sur le podium et qui ont passé la ligne d’arrivée ont été récompensés par une VHF portable. Chaque concurrent qui a pris le départ a reçu un cadeau pour équiper son bateau, cette année c’était un coussin taillé dans des voiles ayant navigué en Baie de Seine. Chaque marin de la course est reparti avec une gourde signée NUIT GUILLAUME.
Après les cadeaux, c’est le moment convivial du repas. Ici on l’appelle Diner des Equipages. Des équipages il y en a plein, ceux des bateaux bien sûr mais aussi celui, qui à terre a préparé la soirée. C’est là où on se rend compte que la parité n’est pas encore tout à fait présente dans les régates. En effet tous les bateaux du club étaient menés par des hommes, et c’est bien connu, un homme qui a navigué ne peut pas dresser un couvert, préparer une table, poser une nappe, prendre un torchon pour essuyer des verres, mettre en place un buffet. Qui le fait alors ? Cherchez bien, réfléchissez ! Bien sûr, les compagnes sont là et heureusement elles s’y investissent, attentives abeilles ouvrières qui ne ménagent pas leur peine pour que la soirée soit une réussite. C’est bien connu, derrière chaque marin il y a une femme qui tient la barre. Ce bateau-là est bien barré au sens premier. Traiteur sélectionné depuis longtemps, remorque frigorifique amenée sur place, enfin les plats déballés permettent de combler les estomacs des marins qui ont quelquefois subi quelques maltraitance en mer. Les langues se délient, la course est refaite à l’envi, on a même vu des verres servir de marque de passage, des couteux remplacer les bateaux. Les points délicats de la course ont été ainsi simulés, et les grands enfants que sont restés ces marins ont rejoué leur course comme des enfants avec leurs voitures miniatures. Qu’est-ce qui change ? La taille et le prix du jouet…..
Les organisateurs et organisatrices sont un peu sadiques. Pour achever les corps las et fatigués par les épreuves de la navigation et leur donner un coup de grâce, ils ont prévu une animation musicale et forcément dansante. On aurait pu penser qu’après avoir mouliné sur les winchs ils n’avaient plus d’énergie, c’est faux ils en ont retrouvé encore un peu pour danser et chanter.
Ici pas de confettis à balayer après le bal, mais plein de souvenirs à ne pas balayer des mémoires et l’envie irrépressible de recommencer.
Merci aux petites mains qui ont manoeuvré, non pas sur les bateaux, mais à terre pour que tout le monde reparte avec ce sentiment de satisfaction qui vous rassénère et vous donne confiance pour le lendemain. Le bonheur ne serait-il pas là ?

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