Organiser une course de voiliers, c’est comme préparer un appareillage. On pense à tout avant, du nécessaire à l’indispensable, de l’impensable à l’improbable qui peuvent se produire à tout moment, du futile au dérisoire.

On négocie avec la lune et les autres planètes qui régissent les marées. Cette année malgré des échanges acharnés nous n’avons pas pu obtenir des coefficients favorables, on a du se contenter de faibles coefficients qui ne facilitent pas l’accès au port. En contrepartie les courants de baie de Seine étaient cléments.

Comme on se débat avec une VHF chaotique pour contacter une capitainerie, on passe au téléphone de longs moments à convaincre les compétiteurs extérieurs au club de venir s’inscrire. Les compagnes en témoignent, on dit même que des soirées familiales en ont été écourtées.

En arrière plan le site est gréé pour accueillir page d’information et onglets utiles. Est hissé en tête de mât le questionnaire d’inscription. On révise le moteur de site qu’un bug inopiné ne bloque pas la machine au dernier moment. Là, pas de coupe-orin, pas d’ancre flottante !

Comme on passe une belle peinture de coque, on travaille l’affiche et les visuels de la course.

Comme on fouille dans les catalogues de shipchandler, on fouine pour trouver les goodies à offrir aux concurrents.

Comme on s’enregistre à la capitainerie, on se déclare aux affaires maritimes et à la FFV.

Comme on vérifie sa police d’assurance avant de quitter le port, on vérifie certificats de jauge et licences des inscrits.

Comme on s’assure des compétences de ses équipiers avant d’appareiller, on s’assure de la présence d'un arbitre FFV et d’un président de jury (cette année ce fut une présidente)

Comme on trace sa route sur la carte, on imagine plusieurs parcours avec des solutions de repli au cas où Eole serait ou trop fort ou trop faible.

Comme on établit des check-list d’appareillage, on établit avis de course et Instructions de course et leurs avenants, avenants nécessaires car l’erreur est humaine.

Comme on fouille au fond de la cale pour retrouver une poulie égarée, on fouille dans le capharnaüm du local pour retrouver la pavillonnerie de départ.

Comme on fait un test de sa VHF, on teste la liaison VHF avec celles du club et du port. Ca marche bien le jour du test et pas le jour de la course.

Comme on vérifie son annexe, on recherche bateau comité et bateau mouilleur, et on n’échappe pas à la montée d’adrénaline lorsqu’une panne moteur a le malin plaisir de s’inviter à quelques heures du départ.

Comme on constitue un équipage, on constitue une équipe pour le PC course qui veille et rassure.

Comme on entretient ses lignes de vie, on commande les balises de géolocalisation.

Cet inventaire, comme tout inventaire est incomplet et non exhaustif. C’est volontaire pour laisser  au lecteur le soin de chercher les éléments manquants.

Comme un enfant se couche la veille de Noel, l’organisateur s’endort (ou pas) la veille du départ craignant d’avoir oublié quelque chose. Et la prophétie se réalise en général…

Jour du départ

Les bateaux sont prêts, les équipages excités comme des chevaux dans les stalles de départ. la lente procession dans le chenal s’organise, on s’observe, on se rassure ou on s’inquiète en examinant la carène ou les voiles des autres bateaux. Quelques signes amicaux de la main sont exécutés pour garder un peu de son humanité avant l’affrontement où une seule règle prévaudra, doubler celui de devant et ne pas se faire dépasser.

Les bateaux tournent enfin près de la ligne de départ, comme des fauves avant d’entrer dans l’arène. La procédure de départ s’égrène, les fauves sont lâchés et foncent vers la première bouée. C’est comme ça que ça se passe quand il y a du vent, cette année la négociation avec Eole n’ayant pas été fructueuse, les fauves ont foncé à la vitesse d’un escargot ! Sans vent au départ certains ont failli repasser la ligne en sens inverse à cause du courant. Des rencontres inopinées entre bateaux ont été évitées grâce à la sagacité des équipages. Ceux qui ne connaissaient pas la notion de pare-battage volant l’ont découverte.

Le départ était un départ dit « à l’anglaise » puisque le peu de vent sur le plan d’eau soufflait dans la direction de la première marque. Il fut vraiment anglais ce départ, frustrant et contrariant, un vent sans égards et sans considération pour les bateaux. Les spectatrices embarquées sur le bateau du CAPAC auraient du voir un départ sous spi glorieux et spectaculaire, elles eurent droit à des spis piteux, dégonflés et pendouillant. Ils furent vite rentrés en attendant que le vent ne remonte.

Quelques risées salutaires se sont enfin manifestées après plus de deux heures de ce régime sans vent et la flottille a pu s’élancer vers la première marque. Un long bord rapide de portant a propulsé la flotte vers QUINEVILLE. Vent dans la quasi direction à l’aller, il fut bien sûr de face au retour. Comme un bateau n’est pas performant à toutes les allures, s’il est bon au portant, il l’est moins au prés…et réciproquement. Les écarts se sont rattrapés et quelquefois inversés.

A la recherche de la bouée de CUSSY perdue

Aller de QUINEVILLE à CUSSY semble simple sur la carte. Sur l’eau avec un peu de houle contraire, au près, dans une nuit sans lune (tiens encore elle!), avec un vent erratique et plutôt faible c’est moins simple. Encore moins simple quand la bouée, pourtant présente l’année dernière, figurant sur cartes et traceurs n’est plus là. Certains l’ont désespérément cherchée, c’est du moins ce qu’il disent pour justifier de leur performance.

Il se dit que sur certains bateaux pour conjurer le sort et obtenir la clémence d’Eole, des sacrifices votifs ont été pratiqués. On a vu des plaques de chocolats sacrifiées, un far breton exécuté sans succès. Conclusion : Eole n’est pas corruptible !

Une fin de parcours laborieuse

Le passage de la bouée de MERVILLE fut lui aussi épique, le peu de vent qui y soufflait s’est amusé de certains concurrents en stoppant son activité au passage de la bouée, les laissant sous la domination du courant. Certains on pu ainsi vérifier que le speedomètre marchait aussi en marche arrière.

L’arrivée sur la DI fut libératrice, les équipiers ont alors commencé à regarder les couchettes de bord avec la voracité d’un ado devant le dernier modèle de smartphone.

Réparés, reposés et repus de sommeil, ils vous raconteront leur bonheur et leur plaisir avec cette nuit en course et en mer au Diner des Equipages. Ils vous le diront dans un prochain article.